
Des publicités, des applications et des sites entiers promettent machines à sous et roulette estampillées « FDJ Casino ». Le problème : la Française des Jeux n’exploite aucun casino en ligne, et les adresses qui jouent sur son nom s’empilent dans la liste noire de l’Autorité nationale des jeux. Un point complet publié ce 18 octobre par un cabinet d’avocats parisien remet les chiffres en face du mythe.
« FDJ Casino » n’existe pas
L’offre en ligne légale de la FDJ se limite à la loterie et aux jeux de grattage, auxquels s’ajoutent les paris et le poker via ses marques agréées. Ni roulette, ni blackjack, ni machines à sous en argent réel : ces jeux de casino en ligne ne sont tout simplement pas autorisés en France, quel que soit l’opérateur.
Pourtant, selon l’analyse publiée le 18 octobre par le cabinet Kohen, pas moins de 45 adresses rattachées au nom « FDJ » figurent aujourd’hui dans la liste noire de l’ANJ. Trente résultent de décisions prises en 2025 — la première datée du 21 mai 2025, avec une vague record de 14 adresses bloquées le même jour, le 22 décembre 2025 — et quinze de décisions de 2026, la plus récente en avril.
Une liste noire qui dépasse largement la FDJ
L’usurpation d’enseignes connues est devenue une industrie. La même source recense, toujours dans la liste noire du régulateur, 79 adresses exploitant le nom « Casino Partouche », 24 le nom « JOA » et 16 le nom « Barrière ». Au total, la liste de l’ANJ comptait 4 845 adresses pour 485 noms de sites lors de sa dernière mise à jour du 24 juillet 2026 — et le régulateur lui-même la qualifie de « non exhaustive ».
Le phénomène s’accélère sur les réseaux sociaux : le rapport d’activité 2025 de l’ANJ, cité dans la même analyse, fait état d’une hausse de 124 % des usurpations d’identité sur Facebook et Instagram entre 2024 et 2025. Ces faux comptes relaient des publicités léchées, parfois dotées de faux témoignages de gains, qui redirigent vers des plateformes installées hors de l’Union européenne.
Un marché illégal déjà massif
Ce n’est pas un épiphénomène. Une étude menée pour l’ANJ et relayée par Clubic en octobre 2024 estimait qu’environ 3 à 4 millions de personnes avaient misé sur des sites illégaux en 2023, avec une nette préférence pour les jeux de casino — et qu’un joueur sur deux ignorait même que la plateforme utilisée était illicite.
Ce que risque concrètement le joueur
Sur un site non agréé, aucune des protections du cadre français ne s’applique. Les risques documentés sont toujours les mêmes : générateurs de hasard invérifiables, gains rarement versés, absence de contrôle d’âge, collecte sauvage de données bancaires et débits répétés sur la carte. Et en cas de litige, ni l’ANJ ni le médiateur des jeux ne sont compétents face à un opérateur illégal : le joueur se retrouve seul.
Côté droit, l’analyse du cabinet rappelle que les textes répressifs visent d’abord l’exploitant et ceux qui font sa publicité. Mais relayer la promotion d’un tel site, même pour toucher une commission d’affiliation, expose à des poursuites. Quant aux pertes, elles ne sont en principe récupérables qu’en cas de dol ou d’escroquerie caractérisée — un paiement validé volontairement est considéré comme autorisé, ce qui complique fortement tout remboursement bancaire.
Les bons réflexes si vous êtes tombé dans le piège
Couper, documenter, contester
Premier réflexe : cesser immédiatement tout paiement, en particulier ces fameux « frais de déblocage de gains » qui ne servent qu’à prolonger l’escroquerie. Ensuite, tout conserver : captures d’écran, échanges, reçus, relevés bancaires, numéros de coupons prépayés ou adresses de portefeuille crypto. Pour les opérations non autorisées, la contestation auprès de la banque reste possible dans un délai de treize mois à compter du débit.
Signaler et porter plainte
Le site frauduleux peut être signalé à l’ANJ, au réseau social qui diffuse la publicité, et sur la plateforme officielle PHAROS, qui centralise les signalements de contenus illicites en ligne. Le dépôt de plainte, lui, se fait en ligne, au commissariat ou en gendarmerie. Pour les paiements en coupons prépayés ou en cryptomonnaie, il faut être lucide : la banque ne peut généralement rien faire, et la plainte devient le seul levier.
Comment vérifier un site avant de jouer
La règle tient en une phrase : en France, un site qui propose des machines à sous ou de la roulette en argent réel est illégal, point. Pour les paris sportifs, hippiques et le poker, la liste des opérateurs agréés est publique sur le site de l’ANJ. Une adresse absente de la liste noire n’est pas pour autant légale — la liste ne fait que courir après les nouvelles adresses, recréées plus vite qu’elles ne sont bloquées. Le logo d’une grande enseigne, des avis cinq étoiles et une interface en français ne prouvent rien : c’est précisément ce que les escrocs savent le mieux imiter.
