
Près de quatre adolescents de 15 à 17 ans sur dix ont joué à un jeu numérique hybride — casino social, jeu d’essai gratuit de plateforme de casino ou jeu vidéo à mécaniques de hasard — au cours des douze derniers mois, selon la recherche ENJEU-Mineurs 2025 publiée le 19 octobre par l’Autorité nationale des jeux.
Ce que recouvrent les « jeux numériques hybrides »
L’étude s’intéresse à la zone grise entre jeu vidéo et jeu d’argent : casinos sociaux, versions d’essai gratuites reproduisant des machines à sous, jeux vidéo intégrant des mécanismes de hasard, loot boxes, fantasy sports et jeux Web3. Les casinos sociaux, qui ne versent aucun gain monétaire, ne sont pas juridiquement des jeux d’argent — mais ils en reprennent tous les codes.
Chez les 15-17 ans, les formes les plus répandues sont les jeux vidéo avec éléments de casino (26,3 %), les jeux d’essai gratuits de plateformes de casino (18,1 %) et les casinos sociaux (16,6 %). Les garçons jouent un peu plus (42,4 %) que les filles (35,4 %).
Le vrai signal d’alerte : la porosité avec les jeux d’argent
Le chiffre central de l’étude n’est pas le taux de pratique, mais le croisement : 58,8 % des joueurs de jeux hybrides pratiquent aussi des jeux d’argent réels. Et chez ces joueurs mixtes, 26 % présentent un score de gravité élevé à l’indice canadien du jeu adapté, contre 3,9 % seulement chez les adolescents qui ne jouent qu’aux jeux d’argent classiques.
La dépense aggrave encore le tableau : parmi les joueurs mixtes qui dépensent dans les jeux hybrides, 40,7 % atteignent un score élevé. Les expériences de casino intégrées aux jeux vidéo fonctionnent, pour une partie des mineurs, comme une porte d’entrée vers le jeu d’argent réel.
Des mécaniques directement importées du casino
L’étude qualitative décrit des éditeurs qui mobilisent récompenses aléatoires et rares, effets visuels et sonores immersifs, notifications, événements à durée limitée et mise en scène de l’ouverture des récompenses. Les biais observés chez les joueurs adultes de machines à sous se retrouvent chez les adolescents : illusion de contrôle, poursuite après une série de résultats décevants, difficulté à s’arrêter.
Le passage du gratuit au payant est facilité par le design lui-même et par l’absence de contrôle de l’âge. Si moins de 10 % des jeunes dépensent dans la plupart des catégories, les montants peuvent grimper : 19,4 % des joueurs de casinos sociaux qui dépensent y consacrent plus de 50 euros par mois.
Des parents largement hors-jeu, une publicité très présente
Trois adolescents sur quatre (75,7 %) estiment que leurs parents connaissent leurs dépenses, mais plus d’un sur dix pense que ses parents sous-estiment ou ignorent les possibilités de dépense dans ces jeux. Dans le même temps, 68,9 % des adolescents déclarent avoir été exposés à des publicités pour les paris, principalement sur TikTok et Instagram.
Les joueurs mixtes rapportent davantage de conséquences concrètes que les autres : troubles du sommeil, stress, difficultés à réguler leur humeur.
Ce que le régulateur compte en faire
Pour Pascal Chèvremont, président de l’ANJ, cette recherche est la première en France à documenter la « gamblification » des jeux vidéo et la porosité entre les deux univers. Il évoque la réflexion en cours sur des offres encadrées dans le Web3, les JONUM, dans le cadre de l’expérimentation prévue par la loi SREN. Côté prévention, Emmanuel Benoit (ARPEJ) insiste sur la sensibilisation précoce et le rôle des parents.
L’étude s’inscrit dans une séquence chargée pour le régulateur, qui a aussi renouvelé début octobre sa convention de partenariat avec l’ARPP sur l’encadrement de la publicité pour les jeux d’argent.
Questions fréquentes
Les casinos sociaux sont-ils légaux pour les mineurs ?
Ils ne sont pas interdits aux mineurs car ils ne proposent aucun gain en argent : ce ne sont pas des jeux d’argent au sens de la loi. C’est précisément cette absence de cadre, combinée à des mécaniques identiques à celles du casino, que l’étude pointe comme un risque.
Qu’est-ce qu’un « joueur mixte » dans l’étude ?
Un adolescent qui pratique à la fois des jeux numériques hybrides et de véritables jeux d’argent. C’est la catégorie où les scores de jeu problématique sont, de loin, les plus élevés.
Où consulter l’étude complète ?
Le rapport ENJEU-Mineurs 2025, signé par les chercheurs de l’ARPEJ, est disponible sur le site de l’ANJ avec le communiqué du 19 octobre 2026.
