
L’Autorité nationale des jeux (ANJ) et l’ARPEJ ont publié ce 19 octobre les résultats de la recherche ENJEU-Mineurs consacrée aux jeux numériques hybrides : 39,0 % des adolescents de 15 à 17 ans y ont joué au cours des douze derniers mois, alors même que les jeux d’argent leur sont interdits.
Que recouvrent les « jeux numériques hybrides » ?
La recherche menée par l’ARPEJ en partenariat avec l’ANJ s’intéresse à une zone grise : des jeux qui ne sont pas juridiquement des jeux d’argent, mais qui en empruntent les codes et les mécaniques. Les auteurs de l’étude en retiennent six familles.
On y trouve les casinos sociaux, qui reproduisent machines à sous ou roulette sans gain monétaire, les versions d’essai gratuites proposées par des plateformes de casino, et les jeux vidéo intégrant des mécanismes de hasard, à l’image de GTA. S’y ajoutent les loot boxes d’Overwatch, de Counter-Strike 2 ou de FIFA Ultimate Team, les fantasy sports comme MPG ou Sorare, et les jeux Web3 de type play-to-earn tels que The Sandbox ou Axie Infinity.
Une pratique devenue banale chez les mineurs
Selon la publication mise en ligne par l’ANJ, quatre adolescents sur dix ont joué à au moins un jeu numérique hybride dans l’année. Dans le détail, 26,3 % ont pratiqué un jeu vidéo comportant des éléments de casino, 18,1 % un jeu d’essai gratuit sur une plateforme de casino et 16,6 % un casino social.
La dépense reste minoritaire : 15,6 % des joueurs de jeux hybrides déclarent avoir sorti la carte bancaire. Mais chez ceux qui paient, les montants peuvent grimper. Parmi les joueurs de casinos sociaux qui dépensent, 19,4 % investissent plus de 50 euros par mois.
La passerelle vers les vrais jeux d’argent inquiète
Le point le plus préoccupant de l’étude tient à la porosité entre ces univers. 58,8 % des joueurs de jeux numériques hybrides pratiquent également des jeux d’argent et de hasard classiques, paris sportifs ou grattage en tête.
Chez ces joueurs « mixtes », l’Inventaire canadien des jeux de hasard et d’argent chez l’adolescent relève un score de gravité élevé dans 26,0 % des cas, contre 3,9 % chez les adolescents qui ne jouent qu’à des jeux d’argent classiques. Et lorsque le joueur mixte dépense dans les jeux hybrides, cette proportion atteint 40,7 %.
Le président de l’ANJ, Pascal Chèvremont, pointe « la porosité entre les jeux d’argent et de hasard et d’autres types de jeux » et évoque la « gamblification » croissante de titres très populaires chez les mineurs.
Des publicités omniprésentes sur les réseaux sociaux
L’exposition commerciale aggrave le phénomène : 68,9 % des adolescents interrogés disent avoir vu des publicités les incitant à parier, principalement sur TikTok et Instagram. Un terrain que le régulateur surveille de près, lui qui a renouvelé début octobre sa convention avec l’ARPP sur la publicité des opérateurs.
Les parents, eux, semblent partiellement aveugles au sujet. Si 75,7 % des adolescents estiment que leurs parents connaissent leurs dépenses de jeu, plus d’un jeune sur dix pense que ses parents sous-estiment, voire ignorent, les possibilités d’achat intégrées à ces environnements.
Prévention : les parents en première ligne
Pour Emmanuel Benoit, directeur général de l’ARPEJ, « une sensibilisation précoce des jeunes aux risques associés à ces pratiques numériques est donc essentielle ». L’association plaide pour placer les parents au cœur de la prévention, afin qu’ils repèrent les mécaniques à risque et en parlent avec leurs enfants.
Côté régulation, l’ANJ réfléchit à des offres plus encadrées, notamment les jeux à objets numériques monétisables (JONUM) expérimentés dans le cadre de la loi SREN. Cette alerte tombe dans un marché qui ralentit : d’après le bilan du premier semestre 2026 publié par l’ANJ le 15 octobre, le produit brut des jeux hors casinos atteint 5,66 milliards d’euros, en hausse de seulement 0,5 % sur un an, une croissance désormais portée par le seul jeu en ligne.
Questions fréquentes
Les jeux numériques hybrides sont-ils des jeux d’argent ?
Non. Casinos sociaux, loot boxes ou jeux d’essai gratuits n’offrent pas de gain monétaire et échappent donc à la réglementation des jeux d’argent. C’est précisément cette zone grise, aux mécaniques identiques, que l’étude documente.
Qui a mené la recherche ENJEU-Mineurs ?
L’ARPEJ, avec le soutien de l’ANJ. Le rapport est signé M.L. Tovar, P. Saliot et J.-M. Costes, et le niveau de risque est mesuré avec l’Inventaire canadien des jeux de hasard et d’argent chez l’adolescent.
Quel est le principal signal d’alerte pour un parent ?
Le cumul des pratiques : un adolescent qui joue à la fois à des jeux hybrides payants et à de vrais jeux d’argent présente un score de gravité élevé dans 40,7 % des cas, dix fois plus qu’un joueur occasionnel classique.
